2010-2013 Les sessions du Tribunal Russell

jeudi 13 juin 2013
par  A.B.
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Collectif, Justice pour la Palestine !,

sous-titre Tribunal Russell sur la Palestine,
L’Herne, 2013, 200 p.

Extraits d’une chronique d’André Bernard du 18 avril 2013

dans l’émission « Achaïra », du cercle libertaire Jean-Barrué,
sur la radio associative bordelaise la Clé des ondes

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Devant le tribunal de la société civile

[...]
Bertrand Russell et Jean-Paul Sartre avaient été à l’initiative, en 1966, du premier tribunal d’opinion afin de juger « les crimes de guerre des États-Unis » au Vietnam.

Un tribunal d’opinion – qui est sans pouvoir juridictionnel – est une assemblée délibérative au cours de laquelle des personnalités dénoncent sous une forme juridique des actes estimés répréhensibles, en particulier par rapport au droit international. Des experts remettent des avis consultatifs au jury qui dirige et médiatise le « procès ».
Jean-Paul Sartre écrivait :

« La légalité du Tribunal Russell provient à la fois de son impuissance absolue et de son universalité », car les sentences prononcées ne peuvent en aucun cas être exécutées.

La société civile et les autorités sont finalement informées par des avis émis par ce tribunal, avis fondés sur la législation réelle. Le Tribunal Russell sur la Palestine est un collectif très large qui comporte des personnalités diverses comme par exemple l’Américaine Angela Davis.

Nurit Peled, Israélienne, et Leïla Shahid, Palestinienne, ne font pas partie du jury mais ont signé avec Ken Coates, président de la fondation Russell, l’appel international à la constitution du Tribunal Russell sur la Palestine. Elles sont donc cofondatrices du comité de parrainage ensuite constitué.

L’ouvrage Justice pour la Palestine ! [...] rassemble ainsi plusieurs témoignages relatifs au Tribunal Russell.

[...]

Mais quel est plus précisément le propos du Tribunal Russell ?

D’abord « prévenir le crime de silence » ; puis rechercher comment peuvent rester impunies depuis des décennies les atteintes multiples aux droits fondamentaux du peuple palestinien tels qu’ils résultent du droit international, atteintes qui constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité et qui ont déjà été caractérisées à l’encontre de l’État d’Israël tant par de nombreuses résolutions de l’ONU (Assemblée générale et Conseil de sécurité) que par un avis de la Cour internationale de justice du 7 juillet 2004.

À cette fin, le Tribunal a examiné et établi les responsabilités et les complicités des États (l’Union européenne et ses États membres, les États-Unis d’Amérique du Nord), des institutions internationales (les Nations unies) et des entreprises dans la poursuite de l’occupation des Territoires de Palestine et dans la perpétuation de ces crimes.

Du crime de silence, les médias sont également responsables quand le premier Palestinien venu est assimilé à un terroriste, quand on nous dit que tous les Palestiniens sont complices des kamikazes qui vont se faire sauter en Israël ou que c’est le Hamas (Mouvement de la résistance islamique) qui a commencé avec ses tirs de roquettes et que, en conséquence, les Israéliens ont le droit de se défendre. Mais le droit ne naît pas d’une violation du droit : Ex injuria jus non oritur.

[...]

Si, en juillet 2004, la Cour internationale de justice a condamné la construction du mur de séparation entre Israël et la Palestine, de leur côté, les Nations unies ont émis une centaine de résolutions enjoignant à Israël de se retirer des territoires occupés. Mais Israël n’a que faire de ces résolutions car son gouvernement actuel sait qu’il bénéficie de la complicité ou de l’indifférence de la communauté internationale.

Le Tribunal Russell entend donc contribuer à faire connaître au monde la situation en Palestine et à la rendre compréhensible au plus grand nombre.

Une première session à Barcelone en mars 2010 a mis en évidence les formes de collaboration passives et actives de l’Union européenne par ses exportations d’armes vers Israël, ses importations de produits en provenance des territoires occupés, les accords économiques privilégiés conclus avec Israël, sa tolérance à l’égard des entreprises européennes impliquées dans des projets économiques dans ces mêmes territoires occupés, etc.

La session de Londres en novembre 2010 a porté essentiellement sur la manière illégale dont les entreprises participent à la colonisation des territoires occupés palestiniens et à la construction du mur, avec la complicité de différents États. Parmi les entreprises en question, il faut citer : Agrexco, Veolia, Dexia, Ahava, Caterpillar, Cement Roadstone Holdings, etc. Ces entreprises violent le droit international et peuvent être associées aux crimes de guerre imputés à Israël, crimes au sens de l’article147 de la 4e Convention de Genève de 1949.

La session du Cap de novembre 2011 a établi que le peuple palestinien, quel que soit son lieu de résidence, subissait un régime d’apartheid. Il est alors demandé à la société civile mondiale de soutenir la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), boycott qui précédemment, en Afrique du Sud, avait contribué, parmi d’autres actions, à mettre fin à l’apartheid. Cet appel à la société civile conclut toutes les décisions du Tribunal Russell.

La session de New York en octobre 2012 a traité de la complicité des États-Unis pour, entre autres, son aide financière et militaire importante, ainsi que par le veto opposé systématiquement à toute résolution critique envers l’État d’Israël au sein du Conseil de sécurité, paralysant le fonctionnement de celui-ci. Les participants de la session ont abordé les manquements de l’Organisation des nations unies quant aux violations du droit international commises par Israël qui les constate sans en tirer les conséquences.

Enfin, à Bruxelles, le 19 mars 2013, après quatre années d’examen des complicités des violations israéliennes du droit international, le Tribunal Russell conclut qu’il donnera son soutien à toute initiative venant de la société civile – où le tribunal a le plus d’écho – et des organisations internationales visant à traduire Israël en justice devant la Cour pénale internationale.

Ainsi, depuis soixante-cinq ans, les différents gouvernements israéliens ont systématiquement porté atteinte à l’existence de la nation palestinienne en détruisant ses infrastructures politiques, économiques, sociales, culturelles, etc. ; actions qui peuvent être qualifiées de « sociocides » comme avait été qualifié de « génocide » le massacre des Juifs par les nazis.

Ce Tribunal Russell est-il un des signes du réveil des peuples et de la société civile en ce xxie siècle ? Réveil qui s’est manifesté par différents mouvements populaires de résistance comme les « indignés » un peu partout, par des intifadas, par l’action des Américains d’Occupying Wall Street et par les inattendus « printemps arabes ».

À propos de ces derniers, si profonde qu’a été notre désillusion quand les élections ont amené au pouvoir des partis islamistes, nous pensons que cela ne change rien au bouleversement historique post-colonial, porteur d’espoir, dont témoignent ces mouvements.

[...]

Voir le compte rendu détaillé de la troisième session

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