2009 La quatrième conférence

mardi 21 septembre 2010
par  A.B.
popularité : 23%

22, 23 et 24 avril 2009

JPEG - 230.4 ko
Bassem

Cette Conférence a été endeuillée par la mort de Bassem Abu Rahma, 29 ans, tué lors de la manifestation pacifique hebdomadaire du 17 avril : une Française ayant été blessée, il s’est avancé vers « la barrière » et a demandé aux soldats de cesser de tirer car il y avait beaucoup d’enfants et d’internationaux. En réponse, il a été frappé à l’estomac par le tir tendu d’une grenade « de haute vélocité » .
Shaï Carmeli Pollak (réalisateur de film israélien, notamment du film « Bil’in mon amour )et Mohamed Khatib, ses amis, ont réalisé en trois jours et trois nuits un très beau film sur lui qui nous a été projeté le soir de notre première journée : on le voit avec son grand sourire, à la fois meneur et modérateur, notamment auprès des enfants sur lesquels il exerçait une forte autorité. On le voit interpeller les soldats avec humour. On le voit avec un cerf volant qui se moque des barrières. On le voit froidement abattu. On le voit accompagné au cimetière par tout le village.

La Conférence a évidemment été maintenue : c’était l’exacte fidélité à Bassem. Une organisation remarquable, comme les années précédentes, a permis à ce village privé d’infrastructures d’héberger trois jours durant des dizaines de personnes et d’en accueillir environ 300 pour la Conférence elle-même.

La première journée a commencé sous les auspices du Premier Ministre Salam Fayad qui nous avait reçus la veille en ses bureaux, à Ramallah. A Bil’in il a promis le soutien de l’ Autorité Palestinienne aux différents comités de résistance populaire, précisant que telle est la ligne politique de son gouvernement ...Un message de Luisa Morgantini, vice-présidente du Parlement européen, non encore arrivée, a été lu ainsi qu’une lettre du Président Carter. Mairead Maguire, Prix Nobel de la Paix est intervenue avec son enthousiasme et son sourire habituels. Dans l’assistance, nous avons relevé la présence du Vice-Président du Conseil législatif palestinien (qui lui aussi nous avait reçu la veille en compagnie d’autres députés) et du Vice-Consul de France à Jérusalem.

Les représentants des différentes délégations internationales sont intervenus, dont Adar Grayevsky, militante israélienne d’ « Anarchistes contre le Mur" et des représentants, de Catalogne, d’Italie, d’Allemagne, de Colombie, d’Afrique du Sud...

La délégation française d’une cinquantaine de personnes (AFPS – Mouvement de la Paix – Forum pour un autre Monde) était dirigée par Robert Kissous. Il a rappelé les différentes actions que nous menons ou auxquelles nous participons, telles la mise en place du Tribunal Russell, l’action judiciaire menée contre Alstom et Veolia et la pétition internationale lancée par l’AFPS afin d’obtenir de l’ONU la création d’un tribunal ad hoc pour juger des crimes de guerre commis par Israël à Gaza. Il a mentionné aussi notre participation à la campagne BDS et insisté sur l’illégalité des produits des colonies exportés par Israël, estampillés « made in Israël » vers l’Europe et bénéficiant à ce titre de privilèges douaniers de l’accord d’association U.E.-Israël.

Jean-Claude Lefort a également pris la parole et a rappelé son engagement pour la libération du prisonnier franco- palestinien Salah Hamouri, ainsi que la mise en place d’un comite de soutien. Il a une nouvelle fois insisté sur l’insuffisance de l’action des autorités françaises . Il a appelé les militants à intensifier la pression sur la communauté internationale autour de deux axes, la suspension de l’accord d’association Union Européenne- Israël et la pétition lancée pour la mise en place d’un tribunal qui jugerait les crimes commis à Gaza.

Un débat a eu lieu l’après midi entre les représentants (en majorité les secrétaires généraux) de plusieurs partis politiques palestiniens (Front Populaire de Libération de la Palestine, Front Démocratique de Libération de la Palestine, Fatah, Parti Populaire Palestinien, Front de Libération de la Palestine, Initiative Nationale Palestinienne et l’Union Démocratique Palestinienne dite "FIDA").

Une autre tribune a été consacrée aux interventions des représentants des comités populaires de villages en résistance populaire non-violente, Bil’in, Naalin, Maasera, Budrus, Yatta et la Vallée du Jourdain. Nous avons aussi entendu le témoignage de madame al Kurd, dont la maison a été démolie il y a trois mois à Sheikh Jarrah (Jérusalem Est) et qui campe depuis lors dans une tente installée sur ses ruines.

En fin de journée, Mustapha Barghouti (secrétaire général de l’ Initiative Palestinienne Nationale) a présenté une analyse de la « cantonisation » progressive de la Palestine : il a mis en évidence la stratégie à long terme des autorités de l’état d’Israël, consistant à regrouper les Palestiniens dans quelques centres urbains isolés les uns des autres et à annexer le territoire ainsi libéré. En conclusion, il a listé les diverses violations du droit international perpétrées par les Israéliens lors de l’attaque de la bande de Gaza, en illustrant chacune par des images terribles. Un débat intéressant a alors eu lieu avec des participants israéliens, au cours duquel il a mis à mal nombre des objections que leur éducation, visiblement “non politisée“, leur avait inspiré.

La deuxième journée a commencé par la tenue de quatre ateliers, sur les perspectives du mouvement BDS (boycott-désinvestissement-sanctions), la responsabilité des crimes de guerre (d’entreprises étrangères participant directement à la politique d’occupation), le soutien à la résistance populaire non-violente et la construction d’un mouvement international de solidarité avec la Palestine. Ces ateliers ont été un lieu d’échanges fort intéressants mais malheureusement, la traduction n’a pas toujours été satisfaisante..
Nous nous sommes ensuite divisés en quatre groupes et sommes partis effectuer des visites de solidarité avec des villages palestiniens en lutte, vers le Nord (Qalqilya-Tulkarem), le Sud (Bethléem ou Yatta-Hébron) ou la Vallée du Jourdain, visites qui ont permis de constater l’enfermement et l’isolement dans lesquels sont maintenus dans un total arbitraire les villes et villages de Palestine du fait de la construction du mur, de la destruction des maisons, des infrastructures et des cultures, de la confiscation des terres, de la privation d’eau et de l’asphyxie économique qui en résulte.Certains de ces villages se trouvent complètement enclavés dans des colonies israéliennes. Nous avons aussi constaté la détermination de la résistance menée par la population.
La matinée de la troisième journée a été consacrée, comme les années précédentes, à l’adoption de la déclaration finale. Celle-ci rappelle que la 4è conférence se tient à un moment critique pour les Palestiniens, en raison de la violence et de l’oppression croissantes, de l’accession au pouvoir d’un gouvernement israélien extrémiste et de la division de la direction palestinienne. Du fait qu’Israël crée activement des faits sur le terrain qui rendront impossible tout règlement pacifique du conflit, les participants considèrent la résistance populaire comme une stratégie efficace contre l’oppression, et veulent l’intensifier notamment par le renforcement de la coordination avec les autres Comités Populaires. Cette résistance doit être soutenue au niveau international. Pour cela il faut développer le mouvement BDS, les campagnes pour poursuivre les criminels de guerre, la solidarité internationale avec la Palestine, et renforcer les liens avec les groupes de paix israéliens. Il y est décidé que la Conférence se tiendra chaque année en avril.
A la manifestation du vendredi après-midi, nous étions très nombreux, tous vêtus d’un tee-shirt à l’effigie de Bassem. Sous une pluie de gaz lacrymogènes et invalidants, grenades, balles en caoutchouc, bombes sonores – une stèle a été construite près de la "barrière", là où Bassem a été tué. Un certain nombre de jeunes en colère voulant sans doute venger Bassem, jetaient des pierres et les membres du Comité avaient toutes les peines à les contenir. Il y a eu vingt cinq blessés.
A notre retour, le soir, à Jérusalem, nous avons tous été reçus par le Consul de France . Il nous a décrit les tâches multiples qui lui incombent comme de secourir les Français en difficulté (ce qui était arrivé pour certains d’entre nous la veille...), parvenir à faire sortir de Gaza pour la faire hospitaliser une fillette de 18 mois qui a une balle dans la tête depuis 2 mois ou un travail d’observation effectué avec d’ autres diplomates étrangers, notamment en ce qui concerne les destructions de maisons prévues. A cet égard, il nous a dit que pour le moment, celles-ci (prévues en grand nombre) étaient gelées sous la pression américaine et ce jusqu’à la rencontre prévue entre Nétanyahou et Obama le 18 mai . Il a été question beaucoup du boycott des produits israéliens et de l’illégalité des conditions d’importation des produits des colonies. A plusieurs reprises, il a insisté sur le poids de l’opinion publique (qu’il nous appartient de travailler...) ayant permis notamment en Grande Bretagne de retirer de tels produits des rayons des magasins. Il a paru recevoir avec intérêt les informations que nous lui donnions, notamment sur les sociétés composant le consortium de construction du tramway ou la mise sur pied du Tribunal Russell.
Deux jours après la Conférence , dans la nuit du 25 au 26 avril, l’armée israélienne est venue faire exploser des bombes assourdissantes dans le village à trois heures du matin, en représailles, comme elle le fait parfois,. Le 27 avril, les logements de militantes de "new profile" (mouvement israélien fémininiste qui s’oppose à la militarisation de la société et conseille les objecteurs de conscience) ont été perquistionnés, leurs ordinateurs et ceux de leurs familles ont été saisis et cinq d’entre elles ont été arrêtées et interrogées. Elles n’ont été relâchées que moyennant le versement d’une caution et sous condition de n’avoir aucun contact avec les autres membres de l’organisation pendant 30 jours. Les bureaux de Centre pour la défense de l’individu à Jérusalem Est qui aide les Palestiniens en difficulté avec la bureaucratie militaire ont également été persquisitionnés. Ces pratiques à l’égard de mouvements israéliens paraissent nouvelles et de mauvais augure pour l’avenir. Le 1er mai, lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur à Al Ma’sara, plusieurs personnes ont été blessées et sept d’entre elles arrêtées, six Palestiniens dont le maire, Mahmoud Zwahra, que nous connaissons bien, un Britannique et un Israélien ces derniers étant relâchés le jour même sous une caution de 300 euros chacun. Pour trois de nos amis palestiniens, la caution exigée est de 2000 euros chacun (le salaire mensuel moyen d’un professeur est de 300 euros) avec l’engagement de ne pas se trouver à proximité d’une manifestation dans les six prochains mois. La manifestation suivante, du 8 mai, a exprimé, par son importance, le refus de céder à cette intimidation croissante.

9 septembre 2009 - la répression s’est encore amplifiée dans les trois derniers mois : les forces d’occupation israéliennes font des incursions nocturnes dans le village plusieurs fois par semaine, réveillant et terrorisant la population du village avec des bombes sonores et des grenades lacrymogènes et investissant diverses maisons. Elles ont arrêté plus de vingt personnes, essentiellement des adolescents auxquels on cherche ensuite à faire dire qu’ils lancent des pierres à l’instigation du Comité de Bil’in afin de trouver un motif d’arrêter ses membres. D’ailleurs, Mohamed Khatib, membre du Comité et tenant de l’action non-violente, a lui-même été arrêté et emprisonné pendant deux semaines, ne devant sa libération qu’au vaste mouvement de solidarité qui s’est alors créé. Notre Ministre des Affaires Etrangères en a été saisi par plus de 40 associations et organisations et ses représentants ont déclaré, le 12 août 2009 prendre bonne note des protestations émises par leur délégation....!

voir pour plus amples informations le site (notamment le témoignage récent de Haithem Al-Khatib « le sens du devoir ») : www.bilin-village.org -

"Nous allons aux manifestations pour leur montrer que nous ne capitulerons pas, ceci est notre terre, et nous résisterons jusqu’au bout. " Monther Abu Rahmah (Bil’in)

« Tout comme un homme ordinaire nommé Gandhi a mené avec succès le combat non-violent en Inde et des personnes ordinaires comme Rosa Parks et Nelson Mandela ont mené la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis et en Afrique du Sud, des personnes ordinaires, ici à Bil’in, mènent une lutte non-violente qui leur apportera la liberté. L’expérience de l’Afrique du Sud prouve que l’injustice peut être démantelée ».

- L’archevêque Desmond Tutu lors d’une visite à Bil’in le 27 août 2009

Voir la suite


Navigation

Articles de la rubrique

  • 2009 La quatrième conférence