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Jean Pezet
Le refus
Article mis en ligne le 18 juin 2007
dernière modification le 12 novembre 2017

par PS

Les camions militaires attendent les nouveaux incorporés à la gare de Nancy pour les conduire jusqu’à la Base d’Essey. Il est six heures. Le voyage de nuit a été pénible, debout ou allongés dans les couloirs du train.
A présent les G.M.C. roulent en rase campagne. Les langues se délient. Je lance à la cantonade que j’ai fait ma préparation militaire lorsque j’étais sursitaire et obtenu le diplôme de mécanicien avion, sans en avoir jamais approché un. Cela me donne onze jours de perme supplémentaire… La chance ! disent les copains.

Collation chaude et installation dans la chambrée.
Ce matin, à dix heures, Bureau de sélection : Votre nom, métier ?
- Pezet Jean, aide-soignant. Je dois vous indiquer que je me suis déclaré objecteur de conscience.
Le lieutenant quitte la feuille des yeux et me regarde sévèrement : Vos raisons ?
- Religieuses.
- Témoin de Jéhovah, bien sûr…
- Non, catholique.
Le gradé se lève en repoussant sa chaise et dit : C’est nouveau ça. Si les catho s’y mettent ! Voyez-vous, moi qui suis officier, je connais le problème et croyez que je vous parle d’homme à homme, pas en militariste… Voilà quinze ans que je suis à l’armée et j’en ai connu des objecteurs : ils sont allés en prison, pour très longtemps, puis libérés ils n’ont rien donné de bon…
Je réponds, après quelques instants d’hésitation : Voilà plus d’un an que j’y réfléchis. Je maintiens ma position.
- Le moment n’est pas très favorable. Dans dix ans, c’est ma conviction profonde, il n’y aura plus de guerre dans le monde par crainte d’une conflagration atomique. Mais actuellement, rien n’est possible dans notre société… Alors soyez soldat-infirmier, vous n’irez pas au combat et tout s’arrangera. Je ferai annuler vos déclarations et votre dossier sera vierge.
- Je maintiens.
- Mais infirmier-militaire… ?
- Infirmier civil oui, en Algérie. Pas militaire.
- Bon. Sergent écrivez : objecteur de conscience.
Puis, se tournant à nouveau vers moi : Le bureau est ouvert jusqu’à ce soir, si vous changez d’idée revenez.

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Tu ne tueras pas, par Jean Pezet

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