René Nazon 1936-2019

Nos amis disparus depuis 2003
dimanche 10 mars 2019
par  A.B.
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D’après la notice biographique parue dans notre livre en 2005

René Nazon naît le 4 mai 1936 au Caylar (Hérault) dans une famille de catholiques pratiquants de condition modeste. Il fréquente le SCI et l’Emmaüs. Après une formation de peintre en bâtiment, il entre comme moine dans une abbaye cistercienne.

Il se souvient que, vers l’âge de 7 ou 8 ans, son père, son oncle ou des gens qui avaient fait la guerre de 1914 parlaient de l’incompétence des officiers supérieurs et aussi de la gabegie qui se passait au front. Sa mère et ses tantes parlaient de leur frère mort sur le front comme d’un homme écœuré par ce qu’il vivait et de la bêtise des généraux. Mais c’est au catéchisme qu’il a eu la révélation en écoutant le Sermon sur la montagne et les Béatitudes.

A 19 ans, il avait un copain allemand dont le père fut tué sur le front de Normandie. « Nous décidâmes, dit-il, de refuser de faire le service militaire, lui en Allemagne, moi en France. Lorsque j’ai fait part de mon intention d’être objecteur à des prêtres ou à des moines de ma connaissance, je me suis fait copieusement engueuler même par ceux que je croyais être des copains. » Incarcéré aux Baumettes, il se retrouve avec les soldats de Parti communiste qui refusèrent de partir pour l’Algérie.

En sortant de prison, il travaille dans le bâtiment comme peintre. « Je me suis toujours intéressé et je me sens encore concerné par le mouvement libertaire, mais c’est à la CFDT que je me suis épanoui. Je crois que pour moi, qui ne suis qu’un type de base, le syndicalisme a été une bonne école de formation. »
Marié avec Louisette. Un enfant.

C’est à l’Étape, une prison en semi-liberté, située à quelques kilomètres de la ville d’Aix, que nous avons fait la connaissance de René Nazon ; nous, c’est Claude Voron, Christian Fiquet, Jean Lagrave et André Bernard, mais aussi les gens – compagnes, amis divers – qui nous rendaient visite le dimanche, voir rubrique.

À l’Étape, se retrouvaient des prisonniers pour meurtre en fin de peine, des braqueurs (qui avaient déjà purgé une dizaine d’années), mais aussi des escrocs, des souteneurs et des « affaires de mœurs », sans compter les témoins de Jéhovah assez nombreux.

Un premier procès, en 1959, avait envoyé René pour deux ans en cellule et, à cette époque, il n’avait pas encore rejoint l’Action civique non-violente.

Lors de son deuxième procès, le 7 septembre 1961, il y eut une manifestation lors de son transfert de la prison au tribunal : quatre personnes, dont Claude Voron et Michel Lefeuvre, se couchèrent devant les pneus de la jeep militaire où des soldats en armes retenaient prisonnier René Nazon. Les manifestants furent tous arrêtés.

Et une fois de plus, René fut condamné à deux ans d’emprisonnement
voir rubrique.

Il fut libéré en juillet 1962 ; par son jeûne, Louis Lecoin avait obtenu du gouvernement – en attendant une loi pour un service civil – la libération de tous les objecteurs qui avaient fait plus de trois ans de prison, voir rubrique.

Dès le début du jeûne de Lecoin, nous les objecteurs de l’Étape, nous nous proposions d’accompagner l’action en jeûnant en même temps. René, après de grandes discussions, finit par nous convaincre, avec véhémence, de l’inutilité de la chose ; René était capable, malgré un effacement timide de sa part, d’employer un langage plutôt rude ; oui, il nous a copieusement engueulés. Il pensait que, au mieux, nous nous retrouverions tous en cellule aux Baumettes.

Jusqu’à sa mort, nous avons maintenu le contact ; « en frère », disait René.

René est mort à Marseille le 9 janvier 2019.

Anita & André Bernard

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