2018 - 2019 : Les refuzniks

mardi 14 août 2018
par  A.B.
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Traduction en français de Nadir Dendoune « Courrier de l’Atlas »

« Je m’appelle Hilel Garmi, j’ai 19 ans et je refuse de servir dans l’armée israélienne. »

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Hilel Garmi

Dans un post facebook daté du 5 août 2018, Hilel Garmi, un jeune juif israélien de 19 ans explique les raisons de son refus de servir dans l’armée israélienne. Parce qu’il ne s’est pas présenté à sa base militaire, des soldats sont venus à son domicile l’arrêter.

Chaque année, des centaines de jeunes juifs israéliens s’opposent à leur intégration dans l’armée. On les appelle les « refuzniks ». Tous s’élèvent publiquement contre les méthodes de Tsahal dans les territoires occupés palestiniens. À leurs risques et périls… Hommage à tous ces « justes ».

« Je m’appelle Hilel Garmi​. J’ai 19 ans, et je devais être incorporé dans l’armée israélienne au début août 2018.

Récemment, dans le contexte des manifestations gazaouies près de la barrière construite à Gaza, j’ai pris le temps de lire les déclarations d’Ahmed Abu Ratima, l’un des organisateurs de ce mouvement et j’ai été très impressionné de découvrir ces gens qui ont opté pour des alternatives non armées, pour aborder la question de la situation entre la Méditerranée et le fleuve Jourdain.

Comme eux, je crois en la désobéissance civile pour souligner le caractère illégitime de notre régime. Mon frère aîné et mes deux sœurs ont fait leur armée. Et quand j’étais petit, le passage par l’armée était pour moi non seulement une obligation inévitable, mais aussi un des objectifs qui me fascinaient ; et je voulais servir dans une unité d’élite.

Mais, en grandissant et en étant convaincu que tous les êtres humains sont égaux, j’ai changé d’avis. Je ne crois pas à l’existence d’un dénominateur commun entre Juifs qui feraient d’eux des êtres différents des Arabes. Je ne vois pas pourquoi je devrais être traité différemment d’un enfant né à Gaza ou à Jénine. Et je ne pense pas que les souffrances ou les joies soient plus importantes pour les uns que pour les autres.

Alors, je me suis demandé pourquoi 3 millions d’habitants de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est vivent sous occupation militaire depuis plus d’un siècle, et pourquoi 2 millions de Gazaouis subissent un siège militaire, imposé depuis plus de 10 ans par Israël sur terre, mer et dans le ciel.

Qu’est-ce qui donne à Israël le droit de gérer la vie de ces 5 millions d’êtres humains ? De décider de leur droit de circuler, d’importer, d’exporter, de pêcher ou d’avoir de l’électricité ? De pouvoir les arrêter à tout moment ?

Pas question pour moi de participer à un régime aussi antidémocratique, et à tous les maux qu’il impose aux Palestiniens dans leur vie quotidienne, afin de permettre à une autre population de prendre leur place.

Il y a des lignes rouges qu’on ne peut franchir, et pour moi celles-ci sont infranchissables.

Ma décision de rendre ceci public est liée au fait que je suis convaincu que la désobéissance civile peut amener des changements sociétaux en faisant appel au sens de la justice des plus privilégiés qui vivent dans cette région.

Si les manifestants de Gaza ont le courage de recourir à cette option, je me sens l’obligation et le pouvoir, en tant que personne née du côté de ceux qui détiennent le pouvoir, de m’engager également dans cette voie. »

Hilel Garmi, août 2018
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Le leader de la marche de Gaza aux objecteurs de conscience :

« Transformez vos mots en armes »

7 01 2019 • 16 h 08 min Pas de commentaire

Edo Konrad – 2 janvier 2019
Le leader de la Grande Marche du Retour de Gaza tient une rare conversation avec des Israéliens qui refusent de servir dans l’armée à cause de l’occupation. « Ceux qui refusent de prendre part aux attaques contre les manifestants à Gaza, ils se tiennent du bon côté de l’histoire. »

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Des militants israéliens, parmi lesquels d’anciens objecteurs de conscience et d’autres prêts à l’être, tiennent une conversation téléphonique avec le leader de la Marche du Retour de Gaza, Ahmed Abu Artema, le 19 décembre 2018 à la Hagada Ahasmalit, Tel Aviv. (Oren Ziv)

C’est difficile à imaginer aujourd’hui, mais des réunions entre militants palestiniens et israéliens étaient autrefois la routine. La jeune génération de Palestiniens et d’Israéliens, toutefois, est née dans un monde de murs, de barrières et de ségrégation, où même une simple conversation peut être compliquée et, parfois, impossible.

On a pu vérifier cette triste réalité il y une quinzaine de jours lorsque des dizaines de militants israéliens, dont d’anciens objecteurs de conscience et d’autres prêts à l’être ont tenu une rare conversation avec Ahmed Abu Artema, l’un des principaux organisateurs de la Grande Marche du Retour de Gaza. Pour beaucoup de ces jeunes objecteurs de conscience, la Grande Marche du Retour a servi d’inspiration à leurs raisons personnelles de refuser l’enrôlement dans l’armée israélienne.

« C’est très agréable de rencontrer des personnes qui ont décidé de prendre position, d’écouter leur conscience et de refuser de prendre part à l’oppression sur les autres », a commencé Abu Artema, son arabe souvent fleuri traduit par la militante Neta Golan, l’une des meneuses des récentes manifestations de solidarité sur la barrière frontalière Israël-Gaza. Ceux qui refusent de prendre part aux attaques contre les manifestants de Gaza, qui expriment leur droit naturel à protester contre le siège, ceux qui refusent de prendre part aux attaques contre les citoyens de Gaza – ils se tiennent du bon côté de l’histoire », a dit Abu Artema à son public.

C’était la toute première fois qu’Artema parlait devant un public d’Israéliens. Pour beaucoup des plus jeunes militants, c’était la première fois qu’ils parlaient à quelqu’un de Gaza.

En septembre dernier, Abu Arteama a échangé des lettres avec l’objecteur de Conscience Hillel Garmi, qui a passé 107 jours dans une prison de l’armée pour avoir refusé de servir dans l’occupation.

« Ta décision, c’est ce qui aidera à mettre fin à cette sombre période infligée aux Palestiniens et, en même temps, à atténuer les peurs des jeunes générations d’Israéliens qui sont nés dans une situation compliquée et une zone géographique agitée dépourvue de sécurité et de paix », a écrit Abu Artema à Garmi dans une lettre publiée dans le +972 Magazine.

Parmi ceux qui étaient présents à l’événement de Hagada HaSmalit, espace politique au centre de Tel Aviv qui héberge diverses associations de gauche, il y avait Adam Rafaelov, libéré d’une prison militaire juste quelques jours plus tôt, condamné pour avoir refusé de rejoindre les FDI à cause de sa position envers l’occupation. Etait également présente Yasmine Eran-Vardi, 18 ans, qui a refusé en janvier sa conscription.

« Vous êtes peut-être faibles en nombre, mais vous êtes forts dans votre position de principe », a poursuivi Abu Artema. « La force d’un individu ou d’un groupe ne se mesure pas en chiffres, mais à l’aune de son sens moral. »

Abu Artema a également manifesté une appréhension franche et empathique de la réalité dans laquelle sont nés les objecteurs de conscience. » Nous sommes tous nés dans une société particulière. Avec le temps, nous faisons partie de cette société et nous assimilons ses valeurs. Le plus grand défi est alors d’être capable de résister aux aspects immoraux qui prennent place et d’être capable de refuser de prendre part aux exigences immorales de la société », a-t-il dit au public.

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Les objecteurs de conscience Yasmin Vered-Levy (à gauche) et Adam Rafaelov. (Oren ZIV)

Abu Artema a ensuite déclaré que mettre fin à l’occupation est dans l’intérêt à la fois des Israéliens et des Palestiniens. « Nous avons besoin d’une solution qui marche pour tout le monde, libérer non seulement la partie faible, mais aussi la partie qui discrimine. La situation telle qu’elle est aujourd’hui ne permet ni stabilité ni sécurité pour quiconque. Il nous faut construire une vie fondée sur l’égalité – pour le bien de tous. »

A la suite de ses remarques, Abu Artema, qui parlait au public depuis la Jordanie, a répondu aux questions de ce public. Chaque fois qu’un objecteur de conscience se levait pour poser une question, Abu Artema entamait sa réponse en le remerciant pour son courage. Interrogé sur ce que les Israéliens pouvaient faire de leur côté pour changer la situation, Abu Artema a choisi des propositions plus générales : « Nous devons abattre les murs de la discrimination. Sans une réalité différente, nous n’aurons ni sécurité, ni vraie solution. »
Il faut que les gens soient capables de transformer leurs mots en armes. Leurs armes doivent être leurs mots ou leurs actions non-violentes. Prendre une position et l’utiliser comme un outil », a-t-il dit au public.

Eran-Vardi qui, elle aussi, a été inspirée par Abu Artema quand elle a décidé de dire non l’année dernière, a dit qu’elle avait été très émue en l’écoutant parler. « J’ai lu les lettres de Hillel et d’Ahmed alors que j’avais déjà réfléchi à un refus. Cela m’a aidée à arriver à ma décision finale et à comprendre toutes ses complexités. »

« Il disent que nous n’avons pas de partenaire [palestinien], mais nous voyons là des gens qui veulent vivre en paix et en égalité avec nous », a dit Rafaelov après la réunion. « Cela me donne l’espoir que les choses peuvent changer et que l’occupation prendra fin un jour. »

Au début du mois, un organisme disciplinaire des FDI a condamné Rafaelov à une septième peine de prison pour son refus de la conscription. Rafaelov, 18 ans, de Kiryat Motzkin dans le nord d’Israël, a passé en tout 87 jours derrière les barreaux.
Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine
Source : +972

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