L’OBJECTION DE CONSCIENCE EN BELGIQUE Mars 1965

mercredi 1er mai 2013
par  PS
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Les objecteurs de conscience belges ont aussi leur statut sensiblement supérieur au statut français.

Leur leader J. Van Lierde nous expose leurs positions dans un article récemment publié dans un numéro du bulletin belge de l’IRG (Internationale des Résistants à la Guerre).

La Paix passe par l’insurrection des consciences contre le système militaire. Et ceci nous ramène aux objecteurs.

Si le statut fut voté en juin 64, il aura fallu attendre le 3 février 65 pour voir le Ministre de l’intérieur installer le Conseil de l’objection qui allait commencer à juger, reconnaître ou amnistier les objecteurs. Au moment où j’écris (7 mars), trois séances du Conseil en néerlandais et trois en français ont eu lieu c’est-à-dire que près de 90 camarades ont déjà leur dossier classé et pratiquement tous sont reconnus. Ces conseils se sont réunis les 17, 18, 24, 25 février, 3 et 4 mars. Nous y avons revu les vieux tôlards et les plus jeunes et il faut convenir que l’atmosphère du Conseil était fort humaine… quoique très rapide dans la procédure. Il est vrai que tous ceux qui passaient avaient prouvé leurs convictions et que l’Auditorat Militaire lui-même se sentait obligé de dire au rapport « paraît sincère ». Ah ! Pauvres Juges militaires auxquels les civils avaient raflé les dossiers… Nous n’aurons plus l’occasion de croiser le fer de la controverse avec vous, sauf si de nouveaux objecteurs n’étaient pas reconnus et qu’il nous faudrait à nouveau les défendre contre vos Codes stupides et hermétiques.

Or si tout va bien jusqu’ici pour ceux qui se sont déclarés dans les délais, soit avant le 28 juillet 64 pour les anciens, ou avant le Centre de Sélection pour les nouveaux, il reste des dizaines de cas actuels et futurs non résolus. Par exemple, tous les camarades qui sont devenus objecteurs après leur service militaire et qui le déclarent depuis Août 64, ou ceux qui le deviennent pendant le service ou lors d’un rappel maintenant. La loi ne les autorise pas à se proclamer objecteurs.

C’est un scandale et une injustice terrible contre lesquels nous allons commencer à lutter, car plusieurs amis sont déjà menacés de prison à cet effet.

Nous savons bien que le législateur n’a pas voulu tenir compte des amendements du sénateur Rolin à ce propos, mais inévitablement les Chambres devront prendre une décision et des mesures nouvelles, sinon la loi apparaîtra à l’opinion comme vraiment unilatérale au bénéfice de la Défense Nationale.

Maintenant que nous sommes "reconnus", il ne faut pas s’imaginer que nous allons épouser les vues gouvernementales en matière politique ou militaire !

Nous n’avons aucune envie d’être considérés comme des cas exceptionnels de citoyens "réhabilités" qui vont maintenant s’aligner parce que "légalisés"…

Le statut des objecteurs accorde un droit à nos consciences sans doute, mais pas le droit de s’endormir dans la jouissance d’un pluralisme équivoque.

L’Etat nous reconnaît le droit et les moyens de ne pas tuer mais il ne s’agit pas de nous seuls. Nous sommes des militants responsables au sein de la jeunesse et de la vie politique adulte, et notre antimilitarisme doit se manifester bien au-delà du service civil qu’on nous autorise à prester en contre-partie de l’esclavage militaire qu’on impose à tous les autres.

Le Pouvoir nous accorde une amnistie, mais que personne n’aille croire que nous étions honteux de notre casier judiciaire ! Ce qui nous réjouit, c’est que désormais, tous ceux qui pensent comme nous ne devront plus prendre le chemin de la prison pour témoigner de leurs opinions. Mais on doit savoir que c’est provisoirement que nous avons admis qu’ils effectuent un an de service civil en plus que les miliciens ; ceci à titre expérimental et pour persuader les galonnés de tout acabit que les objecteurs ne sont pas des carottiers. Mais il ne conviendrait pas de penser que cette pénalisation est autre chose qu’une injustice.

En fait, le Ministre n’a pas encore publié l’Arrêté royal d’exécution relatif aux prestations des objecteurs à la Protection Civile. Il est soucieux de leur emploi du temps et on le comprend. Mais pourquoi n’a-t-il pas admis la proposition faite par des dizaines d’organisations d’entraide (socialistes, catholiques, protestantes et laïques) lui demandant de prévoir que les objecteurs puissent être détachés de la Protection civile pour remplir des tâches civiles d’intérêt public dans les divers secteurs de la vie sociale où l’absence de volontaires est criante ?

J. VAN LIERDE – Bruxelles