1964-2002. De Brignoles à la suppression de tout service obligatoire.

lundi 25 janvier 2010
par  A.B.
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Le regroupement de tous ceux qui ont demandé le statut

aura lieu le 15 juillet 1964 à Brignoles (Var).

Brignoles

où ils forment le Groupement des secouristes-pompiers dans le cadre de la Protection civile. Les contacts que les objecteurs ont eus au printemps avec cette autorité laissent penser que les choses ne seront pas faciles. Mais les objecteurs sont de bonne volonté et organisés pour faire face aux nouvelles difficultés.

À leur arrivée sur les lieux, un ancien champ de tir que la forêt a envahi, c’est un campement : il n’y a ni eau ni électricité, il faut tout faire. Ouvrir les chemins, creuser les toilettes, organiser la cuisine. Il y a un certain enthousiasme. L’auto-organisation du camp fonctionne à merveille. Il y a une cuisine végétarienne et une autre carnée. Ils sont quasiment en autogestion pour l’économat.

Les nouveaux venus et les anciens taulards, épris du grand air retrouvé, sauront se faire apprécier sur le terrain par les pompiers locaux. Les grands incendies des massifs de la Sainte-Baume et des Maures les verront à l’œuvre efficacement. Secouristes les jours rouges sur la nationale 7, ils y auront aussi leur place.

Ils ont l’impression que les choses se passent plutôt bien malgré le manque de matériel adéquat et un encadrement qui n’était pas formé à ces tâches. Justement, les chefs, d’anciens officiers et sous-officiers des Groupes mobiles de sécurité (GMS) de retour d’Algérie, n’apprécient pas spécialement leurs façons de s’autogérer et de les appeler « monsieur ».

Malgré l’estime interpersonnelle acquise sur le tas, cela va dégénérer. Leur situation est ambiguë : sont-ils civils ou militaires ? Un jeûne de onze jours est déclenché à ce sujet. À son issue, ils obtiennent satisfaction : ils ne seront pas soumis au règlement militaire. Ce sont des civils.

Après la saison des feux, l’administration décide que les réfractaires construiront des bureaux en dur. Ensuite, l’encadrement veut aussi établir une clôture autour du camp qui déclenchera l’hostilité d’un grand nombre d’objecteurs.

Un bras de fer se met en place avec pour résultat l’irruption des forces de l’ordre qui emmènent les récalcitrants à Uzès et les enferment dans le Palais épiscopal transformé à l’époque en caserne de CRS. Cela se passe le 16 octobre 1965.

Il s’agissait pour les autorités de se débarrasser de gêneurs activistes dans un premier temps et d’empêcher une contamination du nouveau contingent annoncé. Mais cette contamination avait déjà eu lieu. À Uzès, un jeûne de dix-sept jours est déclenché. Début décembre, les objecteurs sont libérés et renvoyés dans leur foyer. Il n’y aura pas de sanctions. Le cadre étroit de la Protection civile éclate, et il faut trouver d’autres solutions.

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Ceux qui partent en prison et ceux qui restent à Brignoles, oct.1965
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Coupure de presse sans références

Pour plus d’information sur le camp de Brignoles et l’affaire d’Uzès, voir les annexes

L’extrait suivant de notre livre donne un aperçu très résumé des luttes des nouvelles générations d’objecteurs.

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Ce livre, écrit par Michel Auvray, insoumis au service civil obligatoire, retrace l’histoire des réfractaires depuis l’Ancien Régime jusqu’en 1983

Pour que les objecteurs soient affectés à des organismes civils, des associations et des personnalités toujours engagées à leur côté cherchent avec eux à faire bouger les choses. Un compromis est trouvé : les objecteurs resteront à la Protection civile, mais pourront être détachés et mis à la disposition de Cotravaux ou de l’association Aide à toute détresse qui travaille au bidonville de Noisy-le-Grand. C’est Mme Anthonioz-de Gaulle, nièce du général de Gaulle, qui en est la présidente.
Mais la Protection civile va encore tenter de garder la main sur les nouvelles recrues, ce qui provoquera des conflits à chaque incorporation.

En octobre 1968, les autorités font passer les objecteurs sous le contrôle du ministère de la Santé qui tente de les affecter en priorité dans les hôpitaux. Cela ne se passe pas mieux, car ils ne veulent pas concurrencer les salariés. De plus, cette année, certains objecteurs vont contester la nature même de l’obligation d’un service civil, et plusieurs d’entre eux seront jugés par des tribunaux militaires pour désertion.

En 1972, ils sont affectés à l’Office national des forêts dépendant du ministère de l’Agriculture. La durée de service passe de 36 à 24 mois. Mais la fronde continue : le 6 mai, 200 objecteurs se rassemblent à Lyon et déclarent s’opposer à cette affectation autoritaire. Les agents de l’Office voient, de leur côté, dans ces affectations, un danger pour l’emploi.

Septembre 1972, la moitié du contingent refuse de rejoindre l’ONF. Les procès pour insoumission s’enchaînent.

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Michel Auvray et ses camarades en 1973

Simultanément, à cette époque, les nouveaux objecteurs inaugurent une nouvelle façon de demander le bénéfice du statut en envoyant à la commission juridictionnelle une demande signée individuellement mais identique pour tous : elle est polycopiée. Auparavant, chacun avait l’obligation de détailler ses convictions personnelles. Malgré une décision favorable aux objecteurs, il faudra trois ans pour que cette façon de faire ne pose plus de problème.

En ce qui concerne le choix des affectations, il faudra attendre plusieurs années pour que les pouvoirs publics cèdent et que chacun puisse choisir librement son association.

En 1983, une nouvelle loi permet l’obtention quasi automatique du statut et autorise la diffusion d’informations concernant l’objection de conscience. Depuis cette date, le nombre d’objecteurs en poste dans différentes associations n’a cessé d’augmenter pour atteindre le chiffre d’environ 13 000 pour 4 000 organismes d’accueil.

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"Témoignage Chrétien" du 10 mars 1980

En 1991, le service civil passe de 2 ans à 20 mois. Cette durée diminuera encore grâce à 3 mois de congés sans solde pris en fin de période. Les objecteurs arriveront ainsi à ne faire que sept mois de plus que les militaires.

En 1997, nouveau tournant de l’objection de conscience : faute de pouvoir restreindre le nombre des objecteurs, l’État limitera le nombre d’organismes d’accueil en obligeant ces derniers à prendre en charge 75 % de la solde de l’objecteur (soit 1 700 francs par mois). Les places disponibles chuteront, et de nombreux objecteurs en recherche de poste se verront sans revenu ni protection sociale. Certains seront obligés de renoncer à leur statut.

Quelques progrès infimes viennent les rassurer : l’État décide de prendre en charge la sécurité sociale des objecteurs en recherche, puis plus tard, une circulaire de Martine Aubry affirmera que le temps de recherche est pris en compte dans la durée du service.

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En 1985, il y avait encore des insoumis

1997 voit aussi la professionnalisation de l’armée se mettre en place. Les jeunes gens ayant la chance d’être nés à partir de 1979 n’auront plus à répondre à des ordres stupides et à la discipline abrutissante des casernes. L’on voit apparaître le « rendez-vous citoyen » qui laissera la place à l’« appel à la préparation de la défense », et l’armée devient alors une entreprise qui embauche.

En 2002, la conscription a pris fin en France. Depuis la promulgation du statut des objecteurs de conscience en 1963, ce sont quelque 75 000 jeunes gens qui en ont bénéficié.

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Voir aussi les annexes des années 1964-2002


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